«Tiens-toi tranquille ma fille» -Dieu

Pour éviter toute confusion, ce texte est une métaphore ironique et acerbe sur le thème de l’aliénation. Par contre, les derniers paragraphes (ceux débutant par «On s’entend là-dessus toi et moi. Je suis bien obligé d’admettre …») pourraient venir de Dieu en personne … s’il existait.

En 2000 (j’avais 52 ans), j’accusais déjà une certaine fatigue existentielle, Dieu m’a fait une petite visite de courtoisie. Je rapporte ici, textuellement, les propos qu’il a eu l’obligeance de me tenir du haut de Sa Grandeur ::

Dieu« J’ignore d’où tu sors ma fille, mais si tu continues à pratiquer ainsi l’art de la mauvaise conduite, tu vas te retrouver en enfer.

Je sais que tu sais quelle est ta place dans le monde. Et c’est sans appel. L’ordre des choses, telles qu’elles sont, tu sais que je ne rigole pas avec ça.

Cela dit, que tu aies trop d’intelligence et surtout de sensibilité pour ne pas manifester ton indignation ne changera rien à l’affaire. Cela aussi, je sais que tu le sais. Car enfin, bordel de merde, tu dois apprendre à faire la différence entre se sentir indigné et manifester son indignation. À ton niveau, mon enfant, tu n’as tout simplement pas les moyens de manifester de l’indignation. Un point c’est tout.

Il y aurait bien la violence, la grosse violence, la sanglante, la fracassante, la grosse violence désolante qui fait des victimes. Mais cela n’est pas du tout ton genre. Nous le savons tous les deux. Et je ne te ferai pas l’injure de te suggérer de te résigner. La résignation rend amer et l’attitude pitoyable qui vient avec tape sur les nerfs de tout le monde, y compris sur les miens ainsi que sur les tiens.

Alors quoi ? Que reste-t-il ? L’acceptation ? L’acceptation comme consentement passif à la dimension fatale des conditions fluctuantes de l’existence, et pas toujours pour le meilleur ? Oui. Devant l’impossibilité du meilleur, ma fille, il faut accepter le moins pire. Rends-toi à l’évidence et accepte ta condition et celle de tes semblables. Je ne te promets pas la paix de l’âme. La paix de l’âme pour des gens comme toi, ça n’existe pas. Tout ce que je te demande c’est de ne pas déranger la paix de l’âme des autres. Anyway, tu l’auras constaté, la manifestation de tes états d’âme face à l’indigne, te nuit considérablement et de bien des manières. Tu ne trouves pas que tu as déjà payé assez cher pour ça ? Et puis, je veux aussi que tu saches que ça me déplaît souverainement.

Que faire de ton indignation, me demanderas-tu ? On a beau accepter de ne pas avoir le pouvoir d’intervenir sur les affaires indignes, l’indignation est un sentiment persistant. Quelle que soit la manière d’y réagir ou de ne pas y réagir, à moins de perdre la faculté de conscience, ce qui est indigne reste et restera indigne. N’est-ce pas ?

On s’entend là dessus toi et moi. Je suis bien obligé d’admettre que tu n’as pas tort. Mais, ma pauvre enfant, ne compte pas sur moi pour te donner la clé de ce paradoxe. Je ne l’ai pas. Après tous ces millénaires de monstruosités inhérentes à l’idée loufoque que j’ai eue de créer le vivant, je n’ai toujours pas trouvé de réponse à l’indigne.

C’est la petite merde qui m’a échappée.

J’en suis désolé mais je suis Dieu et, en tant que Dieu, je n’ai pas à me justifier. La vérité, ma fille, c’est que mon erreur de jugement, l’espèce humaine est en train de la réparer. D’ici pas longtemps, il ne restera plus rien de l’espèce humaine ni du monde qu’elle n’a pas su conserver.  Et je pourrai enfin respirer, dormir en paix un petit moment et penser à la manière de recréer un monde sans indignité. »

Et alors, Dieu est parti d’un grand rire tonitruant et il s’est évanoui dans la nuit des temps. C’était le 4 novembre 2000 à 17h18 précises. Et il n’est toujours pas revenu. Le salaud.

LISEZ AUSSI :: S’indigner :: une question d’honneur  /  LA CONSCIENCE de Victor Hugo (1802-1885), tiré du livre La légende des siècles (merci à Béatrice Montamat de m’avoir transmis le lien)

sl•
© Tous droits réservés. Suzanne LaBrie MA, psychosociologue

Publicités

7 réflexions sur “«Tiens-toi tranquille ma fille» -Dieu

  1. Ben, cher Bon Dieu,
    faut savoir ce que tu veux finalement.
    Lorsque ton fiston est venu sur la Terre, il n’a pas cessé de foutre le bordel partout, de chasser les marchands et les commerçants du temple avec le fouet, de menacer les pharisiens, de dire qu’il apportait autre chose que de se la fermer et d’endurer… oui je sais qu’il a mal fini sa carrière sur Terre, mais vois-tu il n’a pas laissé le monde insensible!
    Oui c’est vrai ceux qui l’ont suivi on, avec les siècles venant déconné à bloc et continuent de le faire, mais aussi les autres, je veux dire les autres religions. Elles tuent toutes les trois au nom de Dieu, le leur… (oups tu es dans le lot toi aussi)
    Alors on fait quoi? tu veux bien me dire? Mais pour l’amour de la vie ne me dis pas de la fermer!
    Un autre pas pareil 😉

  2. J’ignorais que Dieu était ironique ! Néanmoins, la bêtise humaine ne revient pas de son fait mais bien de celui de l’homme. Ignorer l’indignation c’est l’accepter. Et ça ce n’est pas possible pour moi. Regardons simplement les mouvements d’indignation à l’échelle mondiale et même ici au Québec. Un seuil de tolérance a été dépassé. Individuellement, on peut changer une brique du mur qui nous fait obstacle. Et ce mur peut tomber un jour comme celui de Berlin un certain jour…

  3. Suzanne, n’oublions pas le grand paradoxe de l’existence : la vie se nourrit de la mort.

    Il n’y a que les mécontents qui font bouger les choses, quels que soit le domaine. Je reprends d’ailleurs un texte de Steve Jobs pour une des campagnes de la compagnie Apple après son retour aux commandes :

    A tous les fous,
    Les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents
    Tous ceux qui voient les choses différemment
    Ils n’aiment pas les règles et n’ont pas de respect pour le status quo.
    Vous pouvez les citer, les désapprouver, les glorifier, ou les dénigrer.
    Mais vous ne pouvez pas les ignorer.
    Car ils changent les choses.
    Ils font avancer l’humanité.
    Là où certains ne voient que folie,
    Nous voyons du génie.
    Car seuls ceux qui sont assez fous
    pour penser qu’ils peuvent changer le monde, y parviennent

    Steve Jobs

    ©
    Campagne « Think Different™ »

    Ici, une version en français :

    Là, la version originale en américain :

  4. Merci Michel, Diane, Gaëtan et Claude pour votre appréciable contribution. Comme vous allez le constater, je viens d’ajouter une note au début du texte pour préciser que je ne suis pas tombée dans un rêve mystique mais que j’ai plutôt fait une autre de mes métaphores ironiques et acerbes pour exprimer mon désarroi devant l’état lamentable de la conscience collective.

    Cela dit, pour en rajouter sur l’opinion que vous semblez partager, je crois aussi que c’est en sonnant la cloche qu’on appelle les consciences jusqu’à la conscience en action. Peut-ête que je devrais aussi changer le titre de cet article. Qu’en pensez-vous ?

    En prime, voici la contribution de Béatrice Montamat qui a réagi ailleurs :: http://www.victor-hugo.info/poemes/158.html

  5. Il me dérange, ce texte… Je ne m’y retrouve pas.. Peut-être parce que je ne suis pas capable de constater l’indignation sans rien faire, même sur le conseil de Dieu… Après tout, il me semble qu’il a bien changé lui aussi… Voici pas si longtemps, dans l’Ancien testament, c’était un Dieu autoritaire et vengeur qui permettait de tuer pour que son peuple prospère.. Maintenant, il est le Dieu de la présentation de la joue droite si on lui frappe la joue gauche, du moins selon son Fils… Et lorsque l’Apocalypse arrivera, si ce n’est pas déjà arrivé ou en train de se produire, il redeviendra le Dieu vengeur qui débouchera sur un Dieu de paix… A ne plus savoir à quel saint se vouer… Je veux bien croire qu’il faille choisir ses batailles… On ne peut pas les mener toutes… Mais accepter sans lutter, pas d’accord… La vengeance ou le règlement de comptes est un plat qui se mange froid, très froid… Et je suis capable d’attendre le bon moment, moi pour qui la patience n’est vraiment pas une qualité, je la garde pour ça… Pour le reste, je suis très tolérant, très persistant, mais pas du tout patient… Bref… Il m’a dérangé, ce texte… Je le garde pour réfléchir dessus, voire si j’y trouve pas quelque chose que je ne vois pas à priori..

    A+

    • Merci Marc. Vous pensez bien que je n’ai pas écrit ce texte … pour ne pas déranger. Tant mieux s’il dérange. Qu’on arrête de penser que tendre la joue droite est normal, c’est ça que je souhaite. Qu’on s’indigne devant l’indigne. C’est ça que je souhaite.
      Je pense qu’on ne peut pas aller plus loin dans la décadence qu’on est maintenant dans cette foutue galère. Ou ça va passer. Ou ça va casser. Si on suit le raisonnement du Dieu de mon article, ça va casser. Et plus personne ne sera là pour s’en désoler. Il a dit, et je me répète :: « Après tous ces millénaires de monstruosités inhérentes à cette idée loufoque que j’ai eue de créer le vivant, je n’ai toujours pas trouvé de réponse à l’indigne. C’est la petite merde qui m’a échappée. J’en suis désolé mais je suis Dieu et, en tant que Dieu, je n’ai pas à me justifier. La vérité, ma fille, c’est que mon erreur de jugement, l’espèce humaine est en train de la réparer. D’ici pas longtemps, il n’en restera plus rien. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s