par Suzanne LaBrie MA
psychosociologue
Faut-il absolument être capable de réagir au quart-de-tour et de danser sur les tables pour avoir de la valeur sur le marché du travail ? C’est du moins ce que pensent de nombreuses personnes qui présentent la caractéristique d’introversion dans leur manière d’être.
Je l’ai constaté chez plusieurs de mes clients. Les personnalités introverties ont tendance à concevoir cette caractéristique comme un défaut à corriger ou améliorer. Pourquoi faut-il les amener à considérer :: 1) que l’introversion n’est pas un défaut mais une caractéristique et 2) que le caractère introverti présente de nombreux avantages en milieu de travail ?
De quoi s’agit-il ? Introversion 101
Au chapitre des choses à améliorer ou à corriger, Anne-Marie prétend ne pas être capable de prendre des décisions. Je lui demande de me donner un exemple. Elle relate une situation de travail où une collègue (visiblement très créative ET extravertie) lance une foule d’idées lumineuses à propos d’une décision à prendre sur l’orientation à donner à une campagne publicitaire. Anne-Marie est foudroyée par la vitesse de réaction de sa collègue ainsi que par la qualité ET la quantité des idées émises par celle-ci. Ce que Anne-Marie oublie trop facilement … c’est que c’est elle qui recueille les idées et qui, après réflexion, structure les contenus et en fait un packaging qui se tient. De plus, lorsque nous creusons un peu, j’apprends que Anne-Marie avait les mêmes idées ou d’autres idées tout aussi bonnes … mais que, d’une part elle est trop timide pour les avancer et, d’autre part elle ne peut absolument pas rentrer en compétition avec sa collègue dans le champ de la vitesse de réaction.
Anne-Marie est une personne introvertie (puise son énergie à l’intérieur d’elle-même, préfère la réflexion à l’expression, possède moins de champs d’intérêt que la personne extravertie mais elle les approfondit davantage, entourée d’extravertis … peut donner l’image d’être peu communicative, n’ose pas avancer les idées qui pourraient faire progresser le travail du groupe, etc.) Et elle me demande comment faire pour en guérir.
Et ce n’est pas tout. Pourquoi Anne-Marie a-t-elle relié cet événement à son incapacité de prendre des décisions ? Ici, c’est la vitesse de réaction qui est en cause. Je lui demande de me donner des exemples de prises de décision dans sa vie personnelle et professionnelle. Le processus de prise de décision qu’elle décrit est tout à fait dans les normes et il présente les caractéristiques de l’efficacité. C’est celui d’une personne qui documente son sujet (identifie les options), qui évalue (pèse les pour et les contre), qui place les choses en perspective (considère différents facteurs comme le temps, la disponibilité des ressources humaines, techniques et financières), … et qui tranche en fonction de ce qui convient à la situation. Mais cela prend du temps, rétorque-t-elle. Je vérifie s’il n’y aurait pas un phénomène de procrastination. Non.
Anne-Marie prend le temps de réfléchir avant de prendre une décision qui l’engagera et qui engagera son employeur lorsqu’il s’agit d’une décision d’ordre professionnel. Et elle ne procrastine pas. Il n’y a donc rien d’anormal dans sa prise de décision. Mais Anne-Marie me demande comment faire pour décider au quart-de-tour.
La collègue d’Anne-Marie est peut-être une personne douée. Nous aurions alors affaire au raisonnement en spirale d’une personne douée qui processe à une vitesse vertigineuse. Cela dit, si vous êtes une personne au caractère introverti, ne vous laissez pas intimider par le feu roulant des personnalités extraverties. Je travaille le sujet de la douance depuis un petit moment et, même si je n’en suis pas absolument et scientifiquement certaine, je crois qu’il y a autant de personnes douées chez les introvertis que chez les extravertis … sinon plus puisque l’introverti maîtrise mieux son output. Quoi qu’il en soit, sachez que l’extraverti s’expose à commettre beaucoup plus d’erreurs (actions irréfléchies et mauvaises décisions) et de gaffes politiques que vous.
Est-ce que l’introversion se soigne ? Est-ce qu’on peut apprendre l’extraversion ?
La réponse est oui-et-non.
Non parce que l’introversion n’est pas une maladie ni un défaut. L’introversion est une manière d’être qui n’est sans doute pas valorisée autant que son contraire en milieu de travail, mais cela n’est pas une tare. On ne peut pas apprendre à devenir extraverti … mais on peut aider les autres à comprendre notre façon de fonctionner et on peut les aider à le valoriser.
Ainsi :: Oui parce que vous pouvez améliorer votre manière de VOUS communiquer aux autres. Je vous donne quelques pistes ::
- Repérez les chacals (ceux qui vous voleront vos idées si vous leur en dites trop) et ne leur dites rien.
- Lorsque vous avez des idées de développement, allez en faire part à votre supérieur hiérarchique (à moins qu’il ne soit un chacal) et demandez-lui de vous attribuer le mandat s’il passe la barre de l’acceptation. Demandez-lui s’il vous soutiendra lorsque vous proposerez le projet en groupe.
- De temps en temps, permettez-vous de faire de la publicité autour de vos succès (les extravertis ne s’en privent pas). Envoyez un courriel à vos collègues en mentionnant simplement de quoi il s’agit et le bénéfice que l’entreprise en a tiré.
- Identifiez vos alliés (notamment parmi les extravertis). Et lorsque les circonstances s’y prêtent, dans un contact de un-à-un, informez ces personnes sur votre manière de fonctionner (énergie intérieure, réflexion, timidité). Demandez-leur si vous pouvez compter sur eux pour vous aider à vous faire valoir en groupe. Comment ? En vous invitant à vous exprimer et à parler de vos idées.
Si vous êtes une personne introvertie, ne sous-estimez pas la valeur de votre mode de fonctionnement. Dans la perspective d’un bon travail d’équipe, la capacité de réfléchir, de chercher et trouver l’information ainsi que de structurer les contenus, etc… sont aussi importants que le fait d’avoir des idées géniales et d’être capable de danser sur les tables pour les présenter.
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Pour les personnes que le sujet intéresse ::
Avec qui travaillez-vous ? Alain Samson, Les Éditions Transcontinental, 2002
Sur internet :: Introversion -vs- Extraverstion (un comparatif)