Au prix de l’INQUIÉTUDE :: Votre travail a un prix. Quelle est sa valeur ?

par Suzanne LaBrie MA
psychosociologue

À l’heure qu’il est sur le marché du travail, tout le monde est inquiet, le travailleur salarié autant que l’actionnaire. Tout le monde est inquiet et c’est l’inquiétude du dernier (l’actionnaire) qui génère et alimente l’inquiétude du premier (le travailleur salarié). Imprimez le diagramme du système capitaliste.

Précisons une chose. TRAVAILLER-À-SALAIRE est davantage un privilège qu’un droit. À l’heure qu’il est sur le marché du travail, le droit au travail est un concept fumeux et sans objet. Travailler est donc psychosocioéconomiquement devenu un privilège. Pour preuves, on n’a qu’à suivre les fluctuations du taux de chômage (qui n’est que la pointe de l’iceberg du non-travail) en parallèle avec l’évolution du phénomène des rationalisations organisationnelles.

Je commence par là où je veux en venir :: l’inquiétude du travailleur salarié Il sera toujours temps de se préoccuper de l’inquiétude de l’actionnaire.

LE PRIX DU TRAVAIL SALARIÉ :: UNE INQUIÉTUDE EN DEUX TEMPS RÉELS

Posons d’abord une chose. Que le taux du salaire soit minimum ou scandaleusement élevé, le travail salarié est le travail salarié. Et en tant que tel, il ne se possède pas lui-même. Il dépend d’un employeur ou d’un acheteur (travail dit-indépendant-et-autonome et travail à-contrat-et-à-mandat).

La question étant Quel est le prix du travail salarié ? … et la réponse étant l’inquiétude, alors la vraie question est en fait De quoi le travailleur salarié est-il inquiet ?

Il y aura deux degrés d’éclaircissement à considérer ici ::

  • Le prix du travail salarié en tant que valeur d’échange de la force de travail
  • Le prix du travail salarié en tant que dépense de soi

La force de travail en tant que VALEUR D’ÉCHANGE

Le travailleur salarié n’étant propriétaire que de (ne possédant que) lui-même, … il se loue (se prête) contre salaire. En fait, oui et non car, normalement, lorsque les règles théoriques (éthiques) sont respectées, le travailleur salarié loue (prête) sa force de travail contre salaire … donc, il ne se prête (loue) pas lui-même contre salaire. Mais il y a un …

Mais, depuis que TRAVAILLER-À-SALAIRE est devenu un privilège (peu importe le niveau sur l’échelle salariale), on sait bien que certains n’ont d’autre choix que de se vendre, se mettre en marché comme un produit de consommation. Rien de plus. Rien de moins.

L’inquiétude du travailleur salarié, en deux temps réels, est donc la suivante ::

Inquiétude du travailleur

Statut du travailleur

Identité du travailleur

TEMPS UN
Trouvera-t-il un acheteur ?

Travailleur
non-employé et non-salarié

chômeur :: travailleur licencié en masse pour raisons économiques, travailleur congédié à-tort-ou-à-travers, nouveau diplômé, immigrant nouvellement arrivé, travailleur disqualifié par un avancement technologique quelconque, travailleur épuisé/mis-à-mal par des conditions de travail défavorables à la santé psychologique, travailleur blessé dans son corps et diminué physiquement, travailleur âgé de plus de 49 ans …

TEMPS DEUX
Et cet acheteur ? Combien de temps gardera-t-il l’employé
… avant de l’échanger (remplacer) pour un autre employé plus ou moins pourvu/dépourvu … de toutes sortes de choses en plus ou en moins ?

Travailleur employé et salarié

partie de population active :: noble partie productrice et consommatrice de la population
(sic et re-sic … comme si toute personne non-employée-et-non-salariée était inactive, par conséquent improductive, par conséquent non-rentable ….. parce que QUOI finalement ?)

Je n’ai pas besoin de me perdre en explications. De plus en plus, le travailleur salarié doit vendre sa force de travail (sinon lui-même) et pas obligatoirement au plus offrant.

Alors, le travailleur salarié est d’abord inquiet de la valeur d’échange de sa force de travail. Et parce qu’il est inquiet, et qu’il a raison d’être inquiet, il est prêt à beaucoup de concessions (sacrifices ?)

  1. Pour trouver un emploi
  2. Pour garder l’emploi en question et non SON emploi (l’usage de l’adjectif possessif est inapproprié car, l’emploi n’appartient pas à l’employé mais à l’employeur)

Ceci nous amène au second degré de la question De quoi le travailleur salarié est-il inquiet ?

Le travail salarié en tant que DÉPENSE DE SOI

En 2011, j’ai accompagné quelques personnes (membres de la population active), dans une démarche (un passage) en Repositionnement de carrière. Peu importe le statut au travail (salarié, travailleur indépendant, associé), ces personnes se sont toutes présentées à moi avec la même demande :: « Je n’en peux plus, madame. Comment donner de la valeur à mon travail ? Comment y trouver du sens ? »

Nous avons retroussé nos manches. Ne s’agissant pas de trouver un emploi, ni de conserver l’emploi actuel, nous avons travaillé à

  • Évaluer la dépense de soi relativement à un revenu insuffisant (cad limité à un statut, un salaire et des avantages sociaux)
  • Chercher comment dépenser son avoir (c’est-à-dire soi-même), contre un revenu convenant aux besoins et aux valeurs fondamentales

La recette miracle en 10 étapes n’existe pas en Quête de sens. De fait, il n’y a pas de recette. Que du travail en-soi et sur ses motivations profondes et ce, dans la plus rigoureuse réalité de la réalité. Ais-je besoin de vous dire que la discussion à propos de salaires, avantages sociaux, statuts d’emploi et autres privilèges … a été très courte.

En crise existentielle du travail, avant de partir à la recherche d’une autre situation de travail, il est fondamental de comprendre pourquoi la situation actuelle ne convient plus. Ou alors pourquoi elle n’a jamais convenu, ce qui est encore plus angoissant.

¦¦ Soit dit en passant, une situation qui convient est aussi différente d’une situation qui fait l’affaire que le concept de convenance est différent de celui de correspondance. Il faudra que je revienne là-dessus un jour, ainsi que sur l’acte de comprendre d’ailleurs. ¦¦ 

Les questions habituelles, celles qu’on pose pour une transition de carrière simple (du pareil à l’identique), ne sont pas in-intéressantes (Quoi faire ? Avec qui ? Où ? Comment ? Contre quels avantages ? …) Ce sont les questions de premier degré auxquelles il est nécessaire de répondre pour faire un bilan de carrière bien ficelé et repartir à la recherche … de l’identique (la même chose).

En crise existentielle du travail, les questions sur lesquelles retrousser ses manches sont des questions de second degré (en plus des questions nécessaires). Voici quelques nuances de la même question fondamentale ::

  • À quel prix(1) ? Dans le passé et jusqu’à présent, quel prix ais-je payé pour travailler ?
  • Quelle valeur-de-vie est-ce que j’accorde à mon travail ?
  • De quel revenu-de-vie ais-je besoin pour vivre ?
  • À quel prix(2) ? Quel prix suis-je disposé(e) à payer pour travailler ?
  • Où se trouve la limite de ma capacité à me dépenser moi-même ?
  • … de quoi sera faite la dépense ? … parce que rien n’est gratuit …

Rien n’est gratuit, ni même l’amour, ni même la bienveillance, ni même le respect, ni même la vie. ON paye pour tout. Reste à savoir Qui paye ? Combien ? Pourquoi ? et POUR QUOI ?

À suivre…

La valeur du travail

  • le sens du mot travail
  • le sens du mot valeur (abondamment utilisé ici sans avoir été défini)
  • le sens du travail, c’est-à-dire sa valeur

____________________________________________
En tant que complément utile
LE PRIX DE L’ACTION EN BOURSE :: L’INQUIÉTUDE DE L’ACTIONNAIRE

Établissons une chose. L’actionnaire n’est pas obligatoirement employeur. Par ailleurs, il est forcément vendeur. Et puis, il peut aussi être acheteur. Cependant, il arrive parfois qu’on le confonde avec le propriétaire ( ! )

Alors. L’actionnaire est inquiet d’une seule chose :: la valeur d’échange de son action en Bourse.

La monnaie n’ayant aucune valeur en tant que telle, la valeur d’échange d’une action en Bourse se calcule … en OR, en PÉTROLE, en CRYPTONITE, en EAU POTABLE ou en toute autre SUBSTANCE-RARE ayant acquis une valeur réelle, ou symbolique, par entente mutuelle entre l’ensemble des Parquets-de-la-Bourse sur la Planète Terre. L’unité de mesure (poids, volume, nombre, espace occupé) est sans importance …  du moment que la quantité totale connue et disponible d’une telle substance soit égale ou plus petite que rare, tel que convenu par l’ensemble des Parquets-de-la-Bourse sur la Planète Terre. (la définition est une induction déductive de ma part)

Normalement, l’investissement en capital devrait produire des profits. C’est donc le profit qui motive et justifie le travail de l’actionnaire. L’actionnaire fait travailler son capital ainsi que (s’il emploie) les gens qu’il fait travailler en les employant à faire travailler son capital.

Quel est le prix du travail de l’actionnaire ? À lui de le dire car, je ne connais pas intimement l’actionnaire. Je ne suis pas dans ses petits papiers … du moins, jusqu’à ce qu’il se trouve incarné (se retrouve réincarné) dans une crise existentielle de valeurs existentialistes (sic), ce qui est peu probable mais possible … c’est une autre histoire à suivre.

En résumé, à l’heure qu’il est sur le marché du travail, l’actionnaire possède du capital. Il l’investit (prête/loue) contre profit. Il est inquiet pour son capital car, un soupir-à-la-Bourse pourrait lui faire perdre du capital (dramatique pour un actionnaire, étant donné que l’investissement se solderait alors, non seulement par une dépense improductive mais, par une perte de capital).

Cela dit, admettons que l’inquiétude générale et ordinaire de l’actionnaire est de ne pas faire assez de profit et restons-en là.

Au fait, qu’est-ce que le capital et d’où vient-il ? Et pourquoi certains ont-ils du capital alors que d’autres n’en ont pas ? Pour obtenir du capital, il faut sans doute travailler, mais faut-il absolument travailler pour en avoir ?
____________________________________________

Conclusion brève

Il est souhaitable de regarder avec d’autres yeux que ceux d’un économiste pour comprendre que, à l’heure qu’il est sur le marché du travail, l’actionnaire et le travailleur salarié ne sont pas inquiets pour les mêmes raisons, ne dépensent ni ne reçoivent la même chose pour leur peine ( ? ) pas plus qu’ils n’ont la même chose à y perdre. Est-ce que les deux peuvent (avoir le pouvoir de) y gagner ?

sl•

© Tous droits réservés. Suzanne LaBrie, psychosociologue

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7 réflexions sur “Au prix de l’INQUIÉTUDE :: Votre travail a un prix. Quelle est sa valeur ?

  1. Le sens du mot travail. Regardons ce mot si complexe dans le dictionnaire Antidote. Un mot qui, dans ce dictionnaire, offre une grande quantité de possibilités d’explorations. Je te laisse explorer ces possibilités pour les rendre utiles à ton propos, mais je voudrais souligner quelques aspects que représentent ce mot. Toutes les citations ci-dessous proviennent d’Antidote HD V6 pour Mac OS X (2011). Je n’ai pas fait la démarche pour le mot valeur, mais ce mot offre autant de possibilités que travail. Donc, tu t’interroges sur deux mots qui représentent beaucoup de significations dans nos usages.

    Étymologie
    De travailler ; du latin populaire tripaliare, ‘torturer’ ; du latin tardif tripalium, ‘instrument de torture à trois pieux’.
    Remarque. — Ce n’est pas d’hier que l’on trouve le travail harassant, car à la racine des mots travail et travailler se trouve un instrument de torture ! Le tripalium (littéralement ‘trois pieux’, en bas latin) était constitué de trois pieux fixés dans leur partie supérieure, auxquels on attachait le condamné sous lequel était allumé un feu. Le nom travail signifiant ‘dispositif utilisé pour immobiliser les animaux’ descend directement de ce mot latin. Cependant, dans le sens de ‘activité’, le mot dérive plutôt de son correspondant verbal travailler.
    Le verbe travailler est issu du latin populaire tripaliare ‘torturer’, dérivé de tripalium. Certains de ses sens évoquent encore la torture (physique ou psychologique) : ‘rouer de coups’, ‘inspirer une vive inquiétude en obsédant’ et ‘préoccuper’. Cependant, de nos jours, lorsqu’on dit qu’on travaille, on pense surtout à un effort que l’on fournit en vue de produire quelque chose. Cette acception est apparue dès l’ancien français.

    Treize définitions dont
    ◆Ensemble des activités humaines appliquées à la production, à la création de quelque chose. Le travail est propre à l’être humain. Préférer le repos au travail. Travail manuel, intellectuel, créateur, scolaire, scientifique. Je déteste être interrompu en plein travail.
    •Activité productrice ou créatrice nécessaire à l’accomplissement d’une tâche; ensemble des activités que l’on exerce en vue d’en arriver à un résultat. Commencer, puis terminer un travail. Achever un travail. Entreprendre un travail.
    •Action de façonner une matière; de manier un instrument. Le travail de la terre, du bois.
    •Les travaux : [Vieux] [Soutenu] entreprises pénibles qui procurent la gloire. Travaux guerriers. Les douze travaux d’Hercule.
    •Les travaux : ensemble d’entreprises nécessitant l’activité physique de personnes et l’emploi de techniques particulières. Les travaux des champs. Les travaux ménagers. Les travaux d’entretien des routes.
    •Les travaux : délibérations d’une assemblée. Les travaux seront suspendus jusqu’à l’automne prochain.
    •Manière dont un ouvrage a été produit, créé par son, ses auteurs. Un travail consciencieux, soigné. Un beau travail. Un travail professionnel.
    •Cet ouvrage. Travail de peinture.
    ◆Ensemble rémunéré, généralement stable et permanent, de tâches à accomplir. Se chercher du travail. Avoir un bon travail; un travail qui nous plaît et qui nous paie bien. Lieu, vêtements de travail. Poste de travail.
    •La totalité de ces ensembles de tâches du point de vue de son rôle dans l’économie.

    Vingt Locutions dont
     ❖travaux publics
    ◆[Anciennement] Travaux d’utilité générale.
    ◆[Moderne] Travaux effectués sur un lieu public et utiles à toute une communauté.
    ❖grands travaux
    ◆Travaux immobiliers d’utilité générale exécutés pour une administration.
    ❖gros travaux
    ◆Travaux exigeant beaucoup d’efforts, mais pas beaucoup d’habileté.
    ❖travail au noir
    ◆Exercé dans des conditions illégales.
    ❖travail de Romain
    ◆[Familier] Travail long et pénible.
    ❖travaux d’utilité collective
    ◆Travaux proposés aux jeunes chômeurs.
    ❖flux de travaux
    ◆Séquence de tâches et de procédures traitées selon des règles prédéfinies en vue de réaliser un produit ou de fournir un service.
    ❖abattre du travail ou abattre de la besogne
    ◆Travailler beaucoup et de façon efficace.

    Quatre-vingt-deux synonymes dont
    ▼Travail usuel — activité, art, carrière, emploi, état, gagne-pain, métier, profession, qualité, services, situation, spécialité.
    •[France] job.
    •[Familier] boulot, turbin, turf.
    •[Vieux] industrie.
    •[Vieux] [Familier] business.
    •Mal rémunéré
    •[Péjoratif] [Familier] mcjob.
    •[Québec] [Familier] jobine.
    ⇓télétravail (à distance).
    ▼Travail actuel — devoir, exercice, fonction, service.
    ⇓faction, garde, permanence, quart.
    ▼Tâche — affaire, besogne, corvée, devoir, obligation, occupation, ouvrage, tâche.
    •[France] job.

    Sept antonymes
    ▼chômage, inaction, loisir, oisiveté, pause, repos, vacances.

    Et encore beaucoup d’entrées intéressantes :
    Mille huit cent quatre-vint une concurrences dont
    Ving entrées dans famille :
    Sept cent soixante analogies :
    Quinze citations :
    Dix-huit entrées historiques :

    Beaucoup de matériel pour te permettre d’alimenter ta réflexion.

  2. Bonjour Suzanne,
    Vous sollicitez mon avis …
    Je trouve ce texte assez dur à lire attentivement, en tous cas pour le non-initié que je suis.
    Les réflexions sur le travailleur sont intéressantes, mais me semblent effleurées. Je suis sure qu’en les creusant, vous irez bien au dela de la valeur marchande du travail.
    La relation indirecte entre l’actionnaire et le travailleur est à mon avis bien plus pregnante qu’imaginée au premier abord. En gros, de nombreux travailleurs savent qu’ils souffrent à cause de personnes qui gagnent de l’argent sur leur énergie et qu’ils ne connaissent même pas.
    Je lirai la suite avec intérêt.
    Marion

    • Merci Marion.

      J’avais de l’intérêt pour votre avis en raison de la pertinence de votre commentaire sur LinkedIn à propos des raisons profondes de la détresse psychologique au travail :: «Si on savait pouvoir retrouver facilement un travail, cela pourrait probablement dégonfler certaines situations impossibles et les profondes détresses de ceux qui restent parce que la raison "alimentaire" les contraint à ne pas pouvoir partir.» Il me semble que votre commentaire incarnait bien ce que je prétends dans cet article, à savoir qu’on a au ventre cette inquiétude …de perdre ou …de ne pas trouver cet emploi dont on a besoin pour subvenir à ses besoins élémentaires (alimentaires) et ceux des personnes qui dépendent de nous (nos enfants, nos vieux parents).

      Aller au-delà de la valeur marchande du travail, c’est bien ce que je veux tenter pour la seconde partie de ce texte. Le concept de valeur est un concept extrêmement complexe. Je vais devoir retrousser mes manches et ouvrir mes livres de références.

      Merci encore et Bonne soirée à vous.

  3. Si les actionnaires avaient un peu d’intelligence, ils prendraient soin des travailleurs et choisiraient des dirigeants qui soient de vrais leaders pour gérer leur patrimoine. Le premier patrimoine des actionnaires est leur main d’œuvre qui peut, d’un jour à l’autre, décider de tout détruire…. à moins que cela ne soit déjà sournoisement en train de s’opérer…

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