La dépendance au mépris m’a quittée [prise 2] :: une question de pratique

En fait, dans le premier article sur le sujet, ce que je voulais transmettre comme idée était surtout ceci :: on peut être dépendant à un sentiment nocif (ici, le mépris) tout comme on peut être dépendant à une substance (le tabac).

Une dépendance, à quoi que ce soit, c’est quand tu ne peux pas te passer du « quoi que ce soit en question. »

Pour ceux qui s’inquièteraient pour ma santé mentale. Rassurez-vous, je vais très bien. Le temps et la pratique faisant leur oeuvre, j’acquiers simplement un peu plus d’humanité chaque jour. J’y travaille. Et j’y travaille parce que la bienveillance donne de meilleurs résultats que le mépris.

Karma ou sortir du Samsara via Soukha (définitions en bas de page)

J’ai raconté comment, et contre toute attente, la dépendance au tabac m’a quittée. Il ne s’est produit aucun miracle. La dépendance au tabac m’a quittée parce que j’y ai travaillé durant de nombreuses années. Tous les discours intérieurs que je me tenais depuis des années, mes échecs répétés pour essayer d’arrêter, mon état de santé physique qui se dégradait (bronchite chronique, maux de gorges, manque de souffle, fatigue chronique, etc.), tout cela ajouté à l’information que je possède sur la nocivité de la dépendance au tabac, ajouté à l’effet de la fumée secondaire sur mon entourage …

caractère bonheur en chinois

caractère « bonheur » en chinois

Et puis il y a eu ce moment d’Épiphanie (la mort imminente de ma mère et l’image du malade en chaise roulante … branché à un soluté … dehors en plein hiver … avec pour tout vêtement une jaquette bleue d’hôpital … à pomper la fumée d’une cigarette). INSTANTANÉMENT, toutes les pièces du casse-tête se sont déposées. La scène qui se déroulait sous mes yeux a « fermé le dossier. » Je n’ai pas décidé d’arrêter de fumer. C’est la dépendance au tabac qui est arrivée à son terme et qui m’a quittée. C’est tout. Je n’en avais plus besoin.

Relisez le paragraphe précédent en remplaçant l’expression « dépendance au tabac » par « dépendance au mépris. » Il m’est donc arrivé, avec le sentiment de mépris, un événement semblable qu’avec le tabac :: Au moment où mon regard s’est posé sur cette personne, j’ai continué à me sentir incommodée par l’odeur qui me prenait au nez, aux yeux et à la gorge (seul un non-fiumeur comprend ce quoi je parle) … mais de furieux, mon regard est devenu bienveillant. J’ai vu toute la vie de cette personne s’étaler devant moi. En grande partie à cause de mon métier, cela fait des années que la vie des gens s’étale devant moi. Les morceaux du casse-tête se sont déposés. Et le mépris envers mes semblables m’a quittée. Et vous avez le droit de ne pas me croire.

Tout comme les composés nocifs de la fumée de cigarette détériorent la santé du fumeur, les composés nocifs du mépris détériorent l’âme de la personne méprisante. Cette personne souffre. Par ailleurs, je ne suggère absolument pas de pardonner les conséquences impardonnables du mépris (pauvreté, atteinte à la dignité, injustice, privation des droits humains, violence, assassinats et génocides, etc.) … mais de le combattre à grands coups de bienveillance.

Karma :: le cycle des causes et des conséquences liées à l’existence des êtres sensibles. Somme de ce qu’un individu a fait, est en train de faire ou fera (Wikipedia)

Samsara :: Le monde de l’ignorance et de la souffrance (Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, page 23)

Soukha :: Bonheur. Joie. État de bien-être qui naît d’un esprit exceptionnellement sain et serein (Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, page 16)

sl•

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3 réflexions sur “La dépendance au mépris m’a quittée [prise 2] :: une question de pratique

  1. Le souci est dans certaine addiction, ou autres maladies, que l’autre ne veut pas de votre bienveillance, mais ce n’est pas le même sujet…
    Il est plus facile de s’habiller soi de ce sentiment de bienviellance que de le donner et qu’il soit reçu… et c’est un autre sujet …
    Être bienveillant avec soi et porter un regard bienveillant, est ce le même sujet ?

    • Bonjour Liliane,

      Je pense à la bienveillance au « sens bouddhiste du terme. » Il s’agirait donc plutôt d’un état (soukha) qui porte au regard bienveillant ou qui est supporté par le regard bienveillant.

      Cette bienveillance-là ne cherche pas à « faire oeuvre de bienveillance. » On ne peut pas forcer une personne, un groupe de personnes ou même un peuple tout entier à accepter ce que nous considérons comme une oeuvre bienveillante. Pensons à l’oeuvre missionnaire, peu importe que l’objet de la mission soit religieux ou qu’il concerne les philosophies de gestion à la mode du jour, ou le secret du bonheur selon soi-même. L’oeuvre missionnaire n’a qu’un but :: convertir les païens.

      Porter en soi, s’habiller du sentiment de bienveillance ? J’aime l’image. Porter le sentiment de bienveillance n’est pas spectaculaire. Cela n’attirera pas les journalistes. Il ne s’agit donc pas d’en attendre de la reconnaissance puisque le sentiment de bienveillance va dans l’autre sens :: reconnaître l’autre « en silence. »

      Je trouve moins facile de porter le sentiment de bienveillance que de porter le mépris. La bienveillance demande une attention constante et une présence à soi-même et à l’autre dont nous n’avons pas besoin pour céder à la dépendance au mépris. Qu’en penses-tu ?

      • Porter le mépris, plus facile, plus enclin dans notre société, mais surement plus douloureux pour soi, je pense… Dans mépris, j’entends la considération que l’on porte à quelqu’un, indigne de notre estime ou encore du moindre d’intérêt, mais aussi mépris , le participe passé de méprendre, se tromper sur quelqu’un. Ce qui est assez intéressant comme ambivalence, comme si le mot nous invitait à cet excercice. Le mépris car sans intérêt pour moi, voire même pathogène pour moi si j’entre en relation avec ces personnes qui ne méritent que mon mépris, mais aussi dans un second temps, du recul, à délester de mes représentations, accepter de se méprendre, que tout n’est pas si noir ou blanc chez l’autre, pour ne voir que l’individu dans tout son ampleur communicante défaillante sur certaines facettes et dont nous pouvons nous éloigner en toute sérénité. Nous avons à tout moment la possibilité de dire non et ne pas entrer en relation.
        Le mépris donne du ressenti lié à la colère, au dégoût, au raz le bol, à notre impuissance, encore à affronter l’affront… Alors personnellement, je préfère m’habiller de bienveillance qui me permet de regarder cet autre à mépriser, dans toute sa félure, et ne pas m’en charger… J’aime bien l’idée de reconnaitre l’autre "en silence", c’est tout à fait ça car quand je suis dans cette approche, et bien oui, il n’y a vraiment rien à dire de plus…. et donner du mépris, c’est encore trop donner…

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